L’apprentissage sans pratique : le mirage du « j’ai vu la vidéo sur Youtube, donc je sais »

Ça fait plus de trente ans que je fais ce métier. Et ça fait plusieurs années que j’enseigne, mais moins ces temps-ci…. Durant ce temps-là, j’ai vu des centaines d’élèves passer devant moi. Et je peux vous dire une chose : celles et ceux qui réussissent, ce ne sont jamais celles et ceux qui regardent le plus de contenu. Ce sont celles et ceux qui pratiquent le plus.

Laissez-moi vous donner un exemple concret.

J’ai déjà eu deux élèves, dans la même cohorte, même « famille », qui ont suivi exactement la même formation. Le même contenu, les mêmes vidéos, les mêmes explications. La première, une belle-mère, avait l’air très intelligente, posait des questions pertinentes, semblait tout comprendre du premier coup — mais elle pratiquait très peu entre les cours, presque par paresse. La deuxième, sa belle-fille parlait peu, posait moins de questions — mais après chaque vidéo, elle prenait ses ciseaux et elle pratiquait sur des mannequins, encore et encore, jusqu’à ce que ses mains comprennent ce que sa tête et ses yeux avaient vu.

Aujourd’hui, devinez laquelle des deux coiffes encore, avec confiance et un métier bien à elle ?

Eh oui! C’est la jeune. Celle qui parlait le moins, mais qui pratiquait le plus.

Ceux qui visiteront mon site web verront que j’ai créé plus d’une centaine de vidéos. Quinze à trente minutes chacune. C’est des années de savoir-faire que j’ai voulu rendre accessibles. Mais je n’ai jamais voulu que ce soit une fin en soi. C’est une porte d’entrée, un guide — pas un raccourci.

Parce que la coiffure, comme tout métier manuel, ça se loge dans le corps autant que dans la tête. La main qui tremble la première fois qu’elle tient des ciseaux professionnels. L’oreille qui doit apprendre à « entendre » si une coupe est droite juste au son des lames. L’œil qui apprend à voir une ligne avant même de la tracer. Ça, aucune vidéo ne peut vous le donner. Seule la répétition — patiente, parfois frustrante, souvent ratée avant d’être réussie — peut le faire.

Je pense qu’il y a quelque chose de plus large ici, presque générationnel : cette idée que l’instantanéité du savoir en ligne équivaut à la maîtrise. Qu’on peut « sauter » l’étape difficile. Qu’on peut apprendre un métier comme on consomme du contenu — vite, passivement, sans effort soutenu.

Mais un métier, ça ne se consomme pas vite. Ça se vit, lentement, avec les mains.

Alors j’ai eu l’idée d’écrire cet article pour mettre au clair mon ressenti actuel, je veux qu’on en parle de ça, honnêtement. Pas pour décourager personne — au contraire. Pour redonner sa vraie valeur à la pratique. Pour rappeler que regarder quelqu’un d’autre réussir n’a jamais rendu personne capable de réussir soi-même.

Si vous voulez vraiment devenir coiffeur ou coiffeuse, donner moi un coup de fil pour qu’on en parle. La suite, vous appartient — littéralement.

Robert: 514-967-4318

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